Cette semaine, dans le cadre de notre rubrique «?In Focus?», intéressons-nous de près à l’horloger dont tout le monde est fan et au nom souvent mal prononcé : A. Lange & Söhne. Produisant un niveau de qualité qui défie l’entendement, A. Lange & Söhne mérite amplement une semaine sous les projecteurs, et c’est exactement ce que nous lui consacrons. Outre les vidéos, vous trouverez également d’excellents articles publiés au cours de la semaine, ici, sur watchfinder.com, et d’autres publications amusantes sur notre compte Instagram. À présent, voici donc trois choses que vous ne saviez pas sur A. Lange & Söhne.
A. Lange & Söhne ne fabrique presque plus de montres
Mais alors, combien de montres cet horloger fabrique-t-il par an?? Au hasard, on pourrait deviner un nombre plutôt faible, compte tenu de l’exclusivité et de tout le reste. Bien qu’il soit impossible de déterminer avec précision le nombre de pièces qui sortent de l’usine Rolex chaque année, des sources au sein de l’industrie situent ce nombre entre 800?000 et un million. De montres. Par an. C’est beaucoup. Mises bout à bout, l’ensemble serait néanmoins plus court que la liste d’attente pour une Daytona.
Mais Rolex, c’est votre montre de tous les jours, celle que vous portez lorsque vous réparez votre moto ou combattez des ours, et pour toute activité d’extérieur pratiquée de nos jours. Une A. Lange & Söhne… c’est un peu plus spécial que cela. Et même bien plus spécial. Nous parlons ici de pièces au calibre se rapprochant de Patek Philippe.
En comparaison, Patek Philippe fabrique environ 60?000 montres par an, soit moins de 7 % de la production de Rolex. Et c’est parce qu’il s’agit d’une marque beaucoup plus prestigieuse, bien sûr. Chaque montre nécessitant plus de soins et d’attention de la part des 2?000 employés de l’entreprise, le rendement est donc plus faible. Comme Audi l’a déclaré à propos de sa R8 — que c’est la voiture de la marque qu’elle a mis le plus de temps à construire — il en va de même pour Patek Philippe. La qualité demande du temps.

Alors, combien de montres pariez-vous que A. Lange & Söhne fabrique chaque année?? Autant que Patek Philippe?? Un peu moins, peut-être?? Voire la moitié?? Imaginez donc : 5?000. Soit à peine 10 % de la production de Patek Philippe, et un minuscule 0,5 % de celle de Rolex.
La raison pour laquelle ses chiffres sont si bas?? La montre elle-même. Il n’y a tout simplement pas assez de personnes capables de produire ce niveau de qualité extrême — qui, selon beaucoup, surpasse même Patek Philippe — dans la région de Saxe où A. Lange & Söhne est basée, pour en fabriquer davantage. Et la formation, dispensée en interne, est si complète qu’il est presque impossible d’accroître ces chiffres, puisque moins de vingt étudiants sont inscrits chaque année.
La seule autre solution pour fabriquer plus de montres serait de les fabriquer plus rapidement en sacrifiant la qualité — mais il n’en est absolument pas question. Pour cet horloger allemand d’exception, impossible de faire de compromis sur la qualité.
A. Lange & Söhne conçoit chaque montre deux fois
L’une des raisons pour lesquelles même une montre d’entrée de gamme d’A. Lange & Söhne atteint un prix aussi élevé est sa méthode de conception. Il s’agit de pièces finies à la main et assemblées par certains des meilleurs horlogers du monde. Nous avons déjà souligné à quel point ces personnes sont uniques et très recherchées pour leur expertise. Si on les plaçait les unes à côté des autres, elles n’accompliraient probablement rien.
On pourrait donc dire que leur temps est précieux, que chaque minute de leur attention de spécialiste est mieux employée à réaliser le travail correctement et donc à ne le faire qu’une fois. C’est ce que l’on pourrait croire, mais A. Lange & Söhne fait les choses un peu différemment. Laissez-moi vous expliquer tout cela.

Chaque montre A. Lange & Söhne commence par ses composants, qui sont ensuite soigneusement assemblés par un horloger hautement qualifié. Vous suivez jusqu’ici?? Bien. Ensuite… l’horloger démonte tout. C’est dingue. Mais la folie ne s’arrête pas là, car face à la même pile de pièces qu’au départ, l’horloger procède à un second assemblage de la montre.
Attendez, vous devez penser. Pourquoi ne pas concevoir la montre une fois, pour en produire deux fois plus et ainsi doubler les profits?? C’est la logique de toute personne ordinaire, mais quand on est aussi obsessionnel qu’A. Lange & Söhne, autant demander à un jeune stagiaire de la concevoir.
La raison derrière ce comportement bizarre, presque compulsif, n’est certes pas efficace, mais elle est incroyable : le célèbre style de platine trois-quarts que l’on retrouve sur de nombreuses montres A. Lange & Söhne apporte au mouvement une rigidité de premier ordre, mais cela a un coût. Là où les ponts séparés sont facilement réglables, la plaque unique ne l’est pas, et il faut donc retirer la plaque à plusieurs reprises pour effectuer les réglages. Et comme cette interaction peut laisser des marques sur les composants, aussi légères soient-elles, ce n’est qu’après ce processus que les composants sont correctement finis et nettoyés avant l’assemblage final — ce qui laisse le mouvement aussi proche de la perfection que possible, même s’il doit être conçu à deux reprises.
A. Lange & Söhne ne mentionne jamais ses origines
Si vous avez passé ne serait-ce que cinq minutes en compagnie d’horlogers, vous aurez remarqué l’emphase extrême autour d’un seul mot qu’il en aura perdu tout son sens : tradition. La tradition est à l’horlogerie ce que le carbone est à la vie : sans elle, il n’y a rien. Si l’on mettait toutes les occurrences du mot bout à bout, ce serait l’équivalent d’un aller-retour de la Terre à la lune. Pas notre lune, celle de Kepler-1625b qui, de surcroît, n’est même pas dans notre système solaire.
Et il existe une règle d’usage : plus vous trouvez d’occurrences du mot, moins la marque est susceptible de l’avoir mérité. C’est comme un stratagème pour masquer l’abysse, un procédé qui est l’exact opposé de la formule consacrée : «?montrez-leur, ne dites rien?». Si vous perpétuez une tradition, montrez-moi donc des exemples, au lieu de vous contenter de m’en parler.

Ce phénomène n’a jamais été aussi présent que dans les entreprises horlogères qui ont «?emprunté?» leur nom à une entreprise disparue depuis longtemps. Cela fait partie du plan standard en trois étapes pour lancer une entreprise d’horlogerie moderne : première étape, faire revivre un grand nom d’antan?; deuxième étape, répéter le mot «?tradition?» encore et encore?; troisième étape, le profit. C’est dans l’ordre des choses aujourd’hui…
A. Lange & Söhne, en revanche, en prend justement le contrepied. Regardez sur son site internet, dans ses communiqués de presse — bref, regardez partout : vous ne trouverez pas l’horloger évoquer directement l’élément de tradition le plus important d’un horloger, à savoir sa fondation en 1845. C’est à ce moment-là que Ferdinand Adolph Lange a reçu l’approbation du ministère royal de l’intérieur de Saxe pour lancer son entreprise d’horlogerie, et de fait toute l’industrie horlogère dans la région désormais célèbre.
Pourquoi ne rien en dire, alors?? Eh bien, un siècle plus tard, l’usine d’A. Lange & Söhne fut bombardée et réduite à néant. Puis, sous le régime soviétique, la région horlogère a été regroupée en une seule entité pour fabriquer des montres sous la direction de l’État. Ce n’est qu’après la réunification de l’Allemagne en 1990 qu’A. Lange & Söhne a pu reprendre ses activités sous son propre nom, lorsque Walter Lange, arrière-petit-fils de Ferdinand et lui-même horloger, a fait renaître l’entreprise de ses cendres.

Littéralement, de ses cendres. Il n’y avait plus une seule trace de l’horlogerie telle qu’elle avait été à son apogée. Tout ce que l’on peut voir aujourd’hui est issu de ce nouveau départ, inspiré par la tradition de la famille de Walter Lange, par son souvenir de l’entreprise familiale telle qu’elle existait autrefois. Officiellement, l’entreprise sous sa forme actuelle a été fondée en 1990, et non en 1845. Un détail technique des plus pédants, je vous l’accorde, et un détail que la plupart des autres horlogers négligeraient — et négligent bien souvent.
Mais pour A. Lange & Söhne, il s’agit d’un niveau d’attention aux moindres détails que la plupart ignoreraient et qui la rend tout à fait unique dans sa quête de perfection. L’horloger pense différemment. De manière plus critique et plus transparente. Ferdinand Lange estimait que «?l’unique objectif d’un horloger se doit d’être la perfection de chaque montre?», voire de l’entreprise elle-même. Ainsi, plutôt que de mettre en avant sa tradition, l’horloger va à contre-courant et choisit plutôt de parler à travers ses montres. Montrez-leur, ne dites rien.
N’hésitez pas à consulter d’autres contenus sur A. Lange & Söhne ici, sur watchfinder.com, et à retrouver nos derniers articles qui vous permettront d’en savoir encore plus sur cet horloger d’exception. Nous vous invitons également à participer à nos échanges sur Instagram.
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